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  • Récits de la Kolyma

    Varlam Chalamov

    Les récits de la kolyma, réunis pour la première fois en français, retracent l'expérience de varlam chalamov dans les camps du goulag où se sont écoulées dix-sept années de sa vie.
    Fragments qui doivent se lire comme les chapitres d'une oeuvre unique, un tableau de la kolyma, ces récits dessinent une construction complexe, qui s'élabore à travers six recueils. chaque texte s'ouvre sur une scène du camp. il n'y a jamais de préambule, jamais d'explication. le lecteur pénètre de plain-pied dans cet univers. les premiers recueils, écrits peu après la libération, portent en eux toute la charge du vécu.
    à mesure que le narrateur s'éloigne de l'expérience, le travail de la mémoire se porte aussi sur la possibilité ou l'impossibilité de raconter le camp. certains thèmes sont alors repris et transformés. la circulation des mêmes motifs entre différents récits, différentes périodes, constitue à elle seule un élément capital pour le décryptage de la réalité du camp ; on y retrouve la grande préoccupation de chalamov : comment traduire dans la langue des hommes libres une expérience vécue dans une langue de détenu, de " crevard ", composée de vingt vocables à peine ? les récits s'agencent selon une esthétique moderne, celle du fragment, tout en remontant aux sources archaïques du texte, au mythe primitif de la mort provisoire, du séjour au tombeau et de la renaissance.
    On y apprend que le texte est avant tout matière : il est corps, pain, sépulture. c'est un texte agissant. à l'inverse, la matière du camp, les objets, la nature, le corps des détenus, sont en eux-mêmes un texte, car le réel s'inscrit en eux. le camp aura servi à l'écrivain de laboratoire pour capter la langue des choses. le camp, dit chalamov, est une école négative de la vie. aucun homme ne devrait voir ce qui s'y passe, ni même le savoir.
    Il s'agit en fait d'une connaissance essentielle, une connaissance de l'être, de l'état ultime de l'homme, mais acquise à un prix trop élevé. c'est aussi un savoir que l'art, désormais, ne saurait éluder.

  • L'île polaire de Kolgouev est le coeur du récit. C'est en lui donnant une dimension imaginaire que Golovanov parvient à décrire avec le plus de fidélité cet espace géographique et mental. Il raconte ses expéditions en mêlant à ses impressions, ses propres sensations, des légendes, des contes, des dialogues, composant ainsi une étrange et puissante partition symphonique qui fait de son livre une sorte d'épopée contemporaine sur les cendres des temps mythiques. Golovanov ne se limite pas à " chanter l'espace " et l'antique horde nomade du Grand Nord - des Nénets en particulier -, il montre les désastres infligés par la civilisation industrielle et le communisme à cette terre et à ses hommes, et la déréliction dans laquelle ils se trouvent aujourd'hui. Se faire une opinion sur l'originalité de cette prose, seuls peuvent le tenter ceux qui décident, aux côtés de l'auteur, d'entreprendre le voyage.

  • Rien n'est jamais trop étrange pour Krzyzanowski. Voilà qu'un de ses grands textes - tout petit en nombre de pages - que l'on croyait perdu à jamais vient de réapparaître aux archives à Moscou - restitué en 1995 par le FSB (ex-KGB) puis oublié au fond d'une réserve...
    S'il n'a pas valu à son auteur d'être arrêté, c'est peut-être parce que celui-ci portait par hasard le même nom qu'un grand révolutionnaire, ou parce qu'il était un écrivain à ce point invisible que l'absence de reconnaissance dont il a tant souffert a fini par lui sauver la vie. Et l'on ne sait toujours pas de quelle « affaire » relevait ce dossier, qui comprenait essentiellement des oeuvres de Nikolaï Kliouev, un poète paysan ukrainien, arrêté en 1934 pour propagande contre-révolutionnaire et exécuté en 1937. S'agissait-il du texte original confié à une dactylo qui aurait été arrêtée ? D'un exemplaire donné à lire à un écrivain qui se serait fait confisquer ses écrits ? Mystère... Quant à la rue Involontaire, elle existait réellement à l'époque : quelques coudes zigzaguant dans le quartier de l'Arbat où vivait Krzyzanowski avaient « involontairement » formé une petite rue.
    Celle-ci figure aujourd'hui encore sur les cartes, mais... est introuvable dans la réalité.
    Rue Involontaire est composé de sept lettres écrites par l'écrivain et son coauteur, la vodka, pour utiliser les timbres rendus en guise de monnaie lors de l'achat d'alcool. N'ayant personne à qui écrire, Krzyzanowski les adresse au premier venu ou à la fenêtre qui reste allumée la nuit, et les expédie par la fente de son vasistas. Avec une noirceur joyeusement désespérée, il approche à pas grincés de l'autobiographie.
    Ce récit est accompagné d'autres petits textes ivres et foutraques, et d'extraits des carnets de l'écrivain.
    « Quand je mourrai, laissez les orties pousser sur ma tombe - et qu'elles piquent ! ».

  • Ce récit autobiographique est consacré à Vologda, la ville natale de Chalamov. Avant de devenir une étape pour les détenus à destinations des îles Solovki, elle fut pendant des siècles, à l'époque tsariste, un lieu de relégation de nombreuses figures de l'opposition - ce qui a fortement contribué à créer le climat culturel et moral si particulier à cette ville du Grand Nord. Chalamov y décrit la vie de sa famille, avant, pendant et après la révolution. Il fait le portrait de son père - prêtre orthodoxe qui avait exercé son ministères sur les îles Aléoutiennes avant de venir se fixer à Vologda - dont la personnalité a marqué l'enfant qu'il fut. Il évoque sa mère, ses frères et soeurs, son existence d'écolier, ses lectures et ses découvertes. On y voit grandir l'écrivain, on découvre ses héros, ses passions, ses rêves. La Quatrième Vologda est un ouvrage capital pour comprendre Chalamov, la façon dont se sont forgés son caractère, sa conception du monde et son destin, c'est un témoignage riche et émouvant.

  • On pourrait présenter cette oeuvre comme un récit de science-fiction dans la grande tradition de la Machine à explorer le temps.
    En effet, Souvenirs du futur est le titre du livre que Maximilien Sterrer, le héros, est censé écrire suite à son voyage expérimental à bord d'un " coupe-temps " qui l'a amené jusqu'en 1957 mais qui, au retour, a raté sa cible et l'a déposé en 1928. Pour dire la folie du monde soviétique de ces années-là, il faut avoir recours au fantastique. Seul le fantastique peut rendre compte des disparitions subites d'hommes ou de bien des transformations inexpliquées d'un avoué en va-nu-pieds puis en profiteur prospère, et autres diableries.
    Ce livre est aussi un voyage initiatique où le héros cherche à vaincre le temps. Dans ce combat inégal, sa solitude est absolue: personne ne croit à ses visions sauf ceux qui sont impuissants à changer l'avenir. Mais si les créateurs - poètes et savants - disparaissent dans les purges ou les camps, leurs écrits sont recueillis, cachés, sauvés par ceux qui se font " les gardiens des mots ". Ces gardiens sont pour Sterrer un écrivain, un linguiste et un éditeur.
    Pour Krzyzanowski lui-même, qui a échappé à la grande broyeuse stalinienne mais n'a pas été publié de son vivant, ce rôle sera joué par Vadim Perelmuter qui l'a redécouvert et qui vient d'éditer ses oeuvres complètes. Traduit dans de nombreuses langues européennes, Krzyzanowski a été très favorablement accueilli par la critique qui l'a comparé à Kafka ou à Borges, le plaçant ainsi parmi les plus grands.

  • Vichera

    Varlam Chalamov

    Le nom de varlam chalamov, depuis la publication de ses récits de kolyma, est indissolublement lié aux camps qui, de 1933 à 1960, ont représenté le complexe concentrationnaire le plus redouté du goulag.
    Il y fut détenu dix-sept ans. " la perfection que j'ai trouvée en arrivant à kolyma, écrit-il, n'est pas le produit d'un quelconque esprit du mal. le camp est une structure empirique. tout s'est mis en place progressivement, par expérience accumulée. " c'est précisément cette accumulation et cette expérience que les récits de vichéra éclairent de l'intérieur.
    Lors de sa première détention en 1929, chalamov voit s'établir, dans cette région occidentale de l'oural, " un système pédagogique basé sur le châtiment et la récompense, les remises de peine, l'arbitraire et la démagogie qui va se révéler extraordinairement efficace et pervers.
    " grâce à sa fonction de " petit chef détenu organisant le travail d'autres détenus ", il assiste à la mise en place d'un piège mortel qu'il observe et interprète. il est l'un des premiers à en percevoir le terrible danger politique et éthique.
    Ces pages, sous-titrées " antiroman ", que chalamov juge " importantes concernant sa méthode de travail et sa conception de la vie ", ont gardé les aspérités, le bâti apparent, les turbulences d'une période qui n'avait pas encore fait du travail forcé l'une des bases du nouveau socialisme d'état.

  • Le Baron de Münchhausen, c'est la fantaisie, la faconde, le " mensonge " de la fiction supplantant la " vérité " du réel, et c'est la figure que Krzyzanowski, dix ans après la révolution d'Octobre, décide de réactiver pour donner à comprendre la Russie des années vingt.
    Le véritable Münchhausen avait notamment, au milieu du dix-huitième siècle, combattu les Turcs dans l'armée russe. Devenu personnage célèbre de la littérature européenne, le Baron revient dans l'histoire en 1921, aussitôt après l'écrasement de la révolte de Cronstadt par les bolcheviks. Désemparées, les puissances occidentales cherchent en effet celui qui pourrait porter ses pas dans ce pays invraisemblable afin d'essayer d'en expliquer les extravagances.
    En sa qualité de personnage de fiction, Münchhausen est tout désigné. Le voilà parti, emportant avec lui ses habitudes, sa mentalité, les archaïsmes de sa langue - ce qui n'est pas la moindre des réussites du livre. Mais comme nous sommes désormais au siècle du cinéma et de l'information, il se met à narrer ses aventures sur un rythme digne des films muets de l'époque et sous forme de conférences et d'interview.
    Ce qu'il dit de la Russie laisse le monde entier ébahi. En Occident, le Baron fait un triomphe. Le roi d'Angleterre veut le décorer. Mais au moment de la cérémonie, il a disparu. Seul un poète, ami de récente date qui avait mis en doute l'existence du Baron, réussit à comprendre: Münchhausen a définitivement regagné les pages de son livre, vaincu sur son propre terrain par la fiction du réel soviétique.

  • Maxime Ossipov promène son oeil acéré et lucide de médecin sur la réalité russe. Le constat est rude:
    Corruption, racisme, trafic d'organes ... Les corps et les âmes souffrent, les médecins trompent ou se trompent, l'histoire pèse sur les existences. Et pourtant, si ses personnages voyagent ou émigrent dans les plus grandes villes du monde, comme lui, ils reviennent toujours à la Russie. C'est là qu'un bonheur, même fugace, est possible, c'est là que se révèle la vérité des êtres.
    Ces huit récits sont nourris de rencontres et des situations que Maxime Ossipov a dû affronter alors qu'il exerçait comme cardiologue dans différentes cliniques moscovites et àTaroussa, dans la province russe, où il s'est opposé aux autorités locales pour moderniser le service de cardiologie. Son expérience d'enseignement aux États-Unis, dans une université californienne, lui a également inspiré certains de ses personnages et alimente sa réflexion sur la transmission des valeurs et la quête de l'essentiel.
    Ces histoires simples, toujours surprenantes, sont empreintes d'une humanité à la fois sans illusions et bienveillante, et s'inscrivent dans la grande tradition littéraire des médecins-écrivains commeTchékhov et Boulgakov.

  • Avec la traduction du livre d'Andreï Baldine Le Prolongement du point, Voyages littéraires, nous poursuivons le travail éditorial autour de la géographie, des voyages, de la philosophie de l'espace et de l'écriture, que nous avons commencé avec Vassili Golovanov et son Éloge des voyages insensés.

    Le Prolongement du point n'a rien d'un classique traité d'histoire de la littérature. L'auteur examine en détail les voyages, réels et imaginaires, des écrivains russes. Il reporte même leurs trajets sur une carte et en refait certains.

    D'une plume alerte et vivante, il nous montre le rôle fondamental qu'a joué l'espace réel dans l'écriture des deux fondateurs de la langue russe moderne, Karamzine et Pouchkine. Leur oeuvre est ici envisagée sous un angle de vue totalement nouveau et souvent inattendu.

    Baldine part aussi sur les traces d'autres explorateurs du mot, d'expéditions maritimes ou terrestres, ou bien il suit Tolstoï pas à pas. Et le lecteur voit s'ouvrir devant lui toute la Russie comme un immense continent de papier qui réserve encore bien des surprises et des découvertes à ses voyageurs.

  • " Danïïl Harms (1905-1942) appartient à l'ultime génération des grands modernes russes du premier tiers du vingtième siècle. Ses premiers essais littéraires datent du milieu des années vingt. La quinzaine d'années de sa courte trajectoire s'inscrit pour l'essentiel dans les jours noirs de la terreur stalinienne. Son nom est longtemps resté inconnu du public. S'il sort peu à peu de l'ombre oublieuse pour apparaître comme l'un des écrivains russes les plus importants et les plus influents du vingtième siècle, l'oeuvre de cet écrivain étrange n'en demeure pas moins mystérieuse. " La vocation de cette édition - adoptant un indispensable ordre chronologique décloisonnant les genres -, est de donner à entendre, à travers la liberté et l'ironie qui sont la marque de ces textes, toute l'ampleur et la profondeur d'une aventure littéraire utopique qui, au même titre que celle de Malévitch en peinture, ouvre pour la littérature de nouvelles perspectives.

  • Souvenirs de la Kolyma Nouv.

    Souvenirs de la Kolyma

    Varlam Chalamov

    « En quelle langue parler au lecteur ? ».
    Souvenirs de la Kolyma est un cycle de textes écrits par Varlam Chalamov dans les années soixante-dix, soit une vingtaine d'années après sa libération des camps et son retour de la Kolyma. Ils sont complétés par des souvenirs sur ses contemporains, notamment écrivains ou poètes, comme Pasternak, ainsi que par un bref texte de 1961 qui tente d'énumérer avec une sécheresse poignante ce qu'il a « vu et compris dans les camps ».
    Ces souvenirs, tout comme les Récits de la Kolyma, transmettent l'indicible réalité par fragments et s'interrogent avant tout sur ce que peut la langue et ce qu'est la mémoire.
    « J'essaierai de restituer la suite de mes sensations - je ne vois que ce moyen de préserver l'authenticité de la narration. Tout le reste (pensées, paroles, descriptions de paysages, citations, raisonnements, scènes de la vie courante) ne sera pas suffisamment vrai. Et pourtant je voudrais que ce soit la vérité de ce jour-là, la vérité d'il y a vingt ans, et non la vérité de mon actuelle appréhension du monde. ».
    Avec Souvenirs de la Kolyma, la collection « S lovo » poursuit un travail engagé il y a plus de quinze ans :
    L'édition complète des oeuvres en prose de Varlam Chalamov, auteur fondamental du xxe siècle, désormais connu des lecteurs français et reconnu comme un des grands écrivains non seulement de l'histoire des camps, mais surtout de la littérature mondiale.

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