• Comme dans le précédent volume de Détails, qu'il complète et prolonge, l'auteur explore les mille petits riens sur lesquels nous faisons journellement l'impasse. Qu'il s'agisse des rayures du zèbre, d'une nuit aux urgences d'un hôpital, d'une larve de papillon dans le carnet de travail d'un poète, d'un chalutier arraisonné par un sous-marin ennemi pendant la Première Guerre mondiale, de la vétusté des ascenseurs new-yorkais ou d'une petite fille faisant des pâtés de sable, l'auteur témoigne d'un sens tout à fait unique de l'observation, de l'introspection et de l'Histoire. En faisant du détail, et de faits avérés, un passage obligé il renverse le point de vue habituel et réveille singulièrement le regard et la pensée du lecteur.

  • Villes

    Marcel Cohen

    « En dépit de leur parenté, ces trois livres ne s'aiment pas beaucoup et le donnent à voir », explique Marcel Cohen à propos de ses trois premiers ouvrages, réunis ici pour la première fois.
    Depuis longtemps indisponibles en librairie, et accueillis très chaleureusement à leur sortie, ces livres n'en forment pas moins une trilogie. Si chacune des villes dont il est question est bien réelle, elle l'est à sa façon et la manière qu'a l'auteur de les aborder oscille entre le reportage, l'hyperréalisme et une forme de rêve éveillé. Nous assistons ainsi, et tout à la fois, aux tâtonnements d'un jeune écrivain qui cherche sa manière, et aux déambulations d'un homme à la poursuite obstinée de lui-même.

  • «Je sais bien que les objets familiers sont synonymes d'aveuglement : nous ne les regardons plus et ils ne disent que la force de l'habitude. Mais le coquetier, dans le placard à vaisselle, et ne serait-ce que de façon très épisodique, a eu bien des occasions de susciter quelques bouffées de tendresse à l'égard de Marie. Je me dis qu'on ne conserve pas un objet aussi modeste, et aussi défraîchi, pendant soixante-dix ans sans de sérieuses raisons.» Marcel Cohen.

  • En 1976 et en 2018, soit à quarante années de distance et presque aux deux extrémités de ce recueil d'écrits sur l'art, Marcel Cohen énonce presque mot pour mot le même principe ? : "? Tenter d'expliquer une oeuvre, c'est la désamorcer. [... ] Et il n'y a aucun moyen non plus d'éviter cette réduction. On peut seulement tenter de retarder ce moment le plus longtemps possible. Et c'est en retardant ce moment que nous nous ouvrons à l'oeuvre.
    ? " Faut-il parler de coïncidence ?? De constance, plutôt ? : celle d'un écrivain fidèle à des rencontres dont il a fait des partis-pris sans sacrifier son exigence de retenue face aux oeuvres qu'il accompagne. En effet, à considérer ces quelque quarante analyses issues de catalogues épars, force est de parler de compagnonnages, que ceux-ci soient immédiats ou bien lointains. Antonio Saura, plus que tout autre, mais aussi Arnulf Rainer, Colette Brunschwig, Bram van Velde, Kezuo Shiraga...
    ? : l'auteur démontre dans l'ensemble une affinité instinctive avec les figures d'artistes auxquels l'épreuve de l'histoire ou des écueils personnels ont imposé, aux dépens de toute somptuosité esthétique, une pratique "? éthique ? ", mesurée, appauvrie, voire empêchée de leur art, ainsi qu'un sentiment très clair de leurs limites ? : "? Il serait bien étrange que, face aux situations extrêmes, des créateurs ne sentent pas toute l'inanité de leur art.
    ? " Ce sont donc au moins autant les hommes que les oeuvres qui importent à Marcel Cohen, et ses analyses sont presque toujours des esquisses de portraits à valeur quasi exemplaire ? : "? Un tableau n'est qu'un amas de matières colorées si l'homme qui tient le pinceau n'est pas tout à nos yeux ? ". Fidèle, Marcel Cohen l'est aussi en littérature. Suivant toujours l'analyse de Malraux qui entrevoyait dans le Goya des Désastres de la guerre, renonçant à toute débauche de son savoir-faire pour "? désaveugler ? " les hommes, le premier des peintres modernes ? ; s'en tenant sans désemparer aux paroles d'Hermann Broch contre l'art "? tape-à-l'oeil ? "? ; répétant de texte en texte tel propos précis de Beckett, Blanchot, Jabès, Kafka...
    , l'auteur se montre comme le grand lecteur qu'il est, grand en cela qu'il sait reconnaître avec humilité dans les phrases d'autrui l'expression de sa propre pensée et n'hésite pas à lui laisser toute la place, avec une note sensible de gratitude. Souvenons-nous que c'était déjà sa méthode dans l'Autoportrait en lecteur. Procédant du reste par paragraphes tendant au fragment, son écriture s'assimile à cette noble pauvreté qu'il décèle chez les artistes qu'il admire, à cette "? élégance mathématique ? " dans laquelle il perçoit un idéal artistique.
    Il offre ainsi, en acte, un véritable modèle d'écriture sur l'art.

  • Détails ; faits

    Marcel Cohen

    Détails qui s'inscrit dans le prolongement de la trilogie des Faits (publiée entre 2002 et 2010), témoigne une nouvelle fois chez l'auteur, mais sous un angle légèrement différent, du sens tout à fait unique de l'observation, de l'introspection et de l'Histoire. En faisant du détail d'un paysage, d'une situation, d'une oeuvre d'art, l'essentiel, il renverse le point de vue habituel et réveille singulièrement le regard et la pensée de son lecteur.

  • Faits t.2

    Marcel Cohen

    après faits (lecture courante à l'usage des grands débutants) qu'il développe et amplifie, ce second tome, pas plus que le précédent, ne laisse de doute sur la volonté de l'auteur d'échapper au genre romanesque.
    ce n'est pas seulement parce que la fiction lui paraît trop logique et trop sage, y compris dans ses outrances : elle reste, à ses yeux, une manière ambiguë de détourner le regard. ce livre s'adresse donc à des lecteurs ayant peu de goût pour les histoires édifiantes et n'attendant pas qu'on leur tienne la main. l'extrême diversité des thèmes abordés ici, la volonté de regarder résolument autour de soi (comme en témoignent le titre et les notes, inhabituelles dans un ouvrage littéraire), la prolifération des chapitres, la liberté d'écriture, l'apparent effacement de l'auteur lui-même laissent clairement entendre que la littérature dispose d'un champ d'investigation infiniment plus vaste qu'il n'y paraît.
    c'est ainsi qu'on passe sans transition de la gare de triage de drancy à la pianiste clara haskil, du bon usage de l'automobile, en cas de rupture d'une liaison amoureuse, à l'étrange odyssée de l'arbre à papillons, échappé du muséum d'histoire naturelle. bien au-delà de l'esthétique ou de la théorie, ouvrir ce livre est donc une aventure et il n'est nullement paradoxal d'y découvrir un suspense rappelant le roman noir : rien ne permet au lecteur d'imaginer ce qu'il lira en tournant la page.

  • Si le titre ne laisse aucun doute sur la volonté d'échapper au genre romanesque, le sous-titre pourrait, à tort, insinuer que l'auteur s'adresse, et de manière un peu condescendante, à des lecteurs ne sachant pas tout à fait lire.
    En réalité, c'est en tentant, autant que faire se peut, d'épousseter ses narrations de leurs scories et redondances qu'il s'est surpris en train d'écrire, bien malgré lui, quelque chose s'apparentant aux livres de lecture courante de notre enfance. On aura compris que les courts textes réunis ici ne sont pas pour autant destinés aux jeunes lecteurs : ils s'adressent à des adultes ayant peu de goût pour les histoires édifiantes et assez d'imagination pour ne pas attendre qu'on leur tienne la main.
    Dans ce livre, chacun voyage à sa guise. Bien au-delà de l'esthétique ou de la théorie, l'effondrement du sens (ou sa multiplicité) dans un livre n'ayant ni réel début ni fin, et qui, de manière anarchique, pourrait, tout aussi bien, proliférer à l'infini, est ici la marque même de l'époque. Mais l'absence de tout lien entre ces pages, leur extrême liberté, leur densité, est aussi ce qui leur permet de briller d'une étrange lumière de quartz noir.
    Si, par ailleurs, le regard de l'auteur nous est si proche c'est qu'il est, essentiellement, celui d'un homme d'aujourd'hui.

  • À une terrasse de café, un homme s'interroge sur l'étrange résonance des talons féminins. Un écrivain ne peut travailler que dans sa chambre noire de photographe amateur. Une femme de soldat s'inquiète, contre toute logique, des bonnes nouvelles qu'elle reçoit du front. Un peintre et un saxophoniste new-yorkais échangent leur montre. Une colombe ne quitte le chapeau d'un prestidigitateur que pour disparaître à jamais. Des informations très précises nous renseignent sur l'élevage intensif du porc comme sur la genèse du K. 540 de Mozart.
    Tels sont quelques-uns des thèmes abordés dans ce dernier volume de la trilogie commencée avec Faits (Lecture courante à l'usage des grands débutants) et poursuivie avec Faits, II. De chapitre en chapitre, de fait en fait, le lecteur, pas plus que dans les volumes précédents, ne peut imaginer où le mènera l'auteur. En ce sens, ouvrir Faits, III est bien une aventure. On peut voir dans ces pages denses, souvent réduites au strict énoncé de faits aisément vérifiables, une incapacité, ou une répugnance, à ordonner un récit selon les critères habituels de la narration. La prolifération des thèmes abordés dans les 275 chapitres de cette trilogie, la multiplicité des lectures possibles, les notes en fin de volume, inhabituelles dans des ouvrages littéraires et qui témoignent d'une volonté de regarder notre époque au plus près, font de ces trois livres une entreprise et une aventure littéraires en tout point singulières.

  • Dans Le grand paon-de-nuit, comme dans les deux titres repris dans ce volume, on peut se demander s'il s'agit bien de prose, et non pas plutôt de poésie.
    En lisant ces textes brefs, souvent fulgurants, on se demande même si Marcel Cohen ne nous livre pas des sujets de nouvelles, ou des réflexions, qui ne gagneraient rien à être développés. Chez un auteur qui se contente souvent de rapporter des Faits, comme dans la trilogie du même nom, on touche sans doute là l'essentiel : au fil de ces pages d'un laconisme extrême, ce qui nous captive c'est, finalement, notre rôle de lecteur : peut-être nous revient-il, et à nous seul, d'écrire le volume que nous tenons entre les mains. Le plus important, semble nous dire l'auteur, s'écrit dans le blanc de la page, le lecteur est adulte, et il a toujours raison.

  • Galpa

    Marcel Cohen

    « Je ne saurais dire depuis combien de temps je vis à Galpa. Mois, semaines ? Cette façon de compter n'a plus grande signification. Entre les visages dont je connais chaque expression et sur lesquels je ne découvre plus de points de repère, et ma chambre, ma table, ma chaise dans la cour, j'ai découvert au temps une nouvelle dimension : l'épaisseur. Le temps est ici un sable plus ou moins lourd, un sommeil plus ou moins profond. Les événements, tous minimes, et la fissure elle-même, ne modifient plus, par une quelconque perte de conscience, ma vertigineuse plongée en avant. » Galpa... Un nom qui sent les épices, les jours de mousson, les saris parfumés, les fêtes de Holy et les « vapeurs froides du Brahmapoutre ». Une ville où chaque moment du quotidien ouvre une brèche qui s'élargit de plus en plus, fatalement, jusqu'au séisme final. Un livre à propos d'une Inde secrète et mystérieuse à celui qui porte en lui la nostalgie de ses anciennes amours et de son pays.
    Prix Wepler en 2013, Prix Jean Arp de littérature francophone, Marcel Cohen est l'un des écrivains les plus remarquables de la littérature française contemporaine. Galpa, son premier roman, écrit en 1969, a été depuis réédité par les éditions Chandeigne en 1993 dans leurs ateliers typographiques.
    Tout le génie de cet auteur se dévoile dès les premières pages : la simplicité apparente de ces cinq courts chapitres révèle la profonde intensité de cette langue qui sublime l'invisible. L'anecdotique - une histoire d'amour, une fête de marché, un fait divers de vengeance -libère les fragilités et les fêlures de ce monde familièrement étranger.

  • 'Je sais bien que les objets familiers sont synonymes daveuglement : nous ne les regardons plus et ils ne disent que la force de l'habitude. Mais le coquetier, dans le placard ´r vaisselle, et ne serait-ce que de façon trcs épisodique, a eu bien des occasions de susciter quelques bouffées de tendresse ´r légard de Marie. Je me dis quon ne conserve pas un objet aussi modeste, et aussi défraîchi, pendant soixante-dix ans sans de sérieuses raisons. La crainte de le voir disparaître confirme cet attachement. Le petit coquetier, aujourdhui, nest donc pas seulement la concrétion dun souvenir. Est-il abusif dy voir la qualité meme de ce souvenir, sa texture, quelque chose daussi incertain que le reflet dune aura?' Marcel Cohen.

  • L'assassinat d'un garde dans la forêt de pail en 1690 les rendez-vous d'un couple d'amants qui se réfugie dans le plus total anonymat, les confessions d'un marin, prenant son quart à la passerelle d'un cargo, la nuit en plein atlantique, ou bien encore les souvenirs, d'un chasseur de météorites : rien ne semble, à première vue, relier les quatorze textes de ce livre.


    Sans doute ces courts chapitres d'un roman improbable, disent-ils, d'abord, l'impossibilité, pour l'auteur de suivre un fil narratif qui assurerait la cohérence d'un récit. bien au-delà de l'esthétique ou de la théorie, l'effondrement du sens, est ici, la marque même de l'époque. mais l'absence de tout contexte, et l'extrême liberté de ces textes denses, est sans doute aussi ce qui leur permet de briller d'une étrange lumière de quartz noir.

  • Le système verbal sémitique et l'expression du temps / par Marcel Cohen,...
    Date de l'édition originale : 1924 Le présent ouvrage s'inscrit dans une politique de conservation patrimoniale des ouvrages de la littérature Française mise en place avec la BNF.
    HACHETTE LIVRE et la BNF proposent ainsi un catalogue de titres indisponibles, la BNF ayant numérisé ces oeuvres et HACHETTE LIVRE les imprimant à la demande.
    Certains de ces ouvrages reflètent des courants de pensée caractéristiques de leur époque, mais qui seraient aujourd'hui jugés condamnables.
    Ils n'en appartiennent pas moins à l'histoire des idées en France et sont susceptibles de présenter un intérêt scientifique ou historique.
    Le sens de notre démarche éditoriale consiste ainsi à permettre l'accès à ces oeuvres sans pour autant que nous en cautionnions en aucune façon le contenu.
    Pour plus d'informations, rendez-vous sur www.hachettebnf.fr

empty