Le Cercle Hermeneutique

  • Ce livre recueille quelques textes parmi les plus significatifs du philosophe Jean-Pierre Charcosset. Élève et ami de Henri Maldiney, Charcosset partage avec lui une même passion pour le mouvement phénoménologique de « retour aux choses », une pareille attention au mouvement d'élaboration par lequel l'homme, à même le moment communicatif de sa présence au monde, travaille la matière - langagière, picturale - pour dire l'être se révélant à lui, selon cette règle d'entre-appartenance formulée par Merleau-Ponty : « L'être est ce qui exige en nous création pour que nous en ayons l'expérience ».
    Dans un dialogue riche et éclairant avec la littérature, la poésie, l'art, mais aussi la psychiatrie et les sciences du vivant, Charcosset nous livre une oeuvre phénoménologique qui s'inscrit dans la droite ligne de son propos : « c'est de l'attention au plus simple que naissent toujours pour la pensée les plus vives difficultés. » Il n'a guère, pour sa part, redouté la difficulté, cherchant à éclairer l'humain au départ de phénomènes élémentaires comme celui de la main, de la veille et du sommeil, de la marche ou du cheminement, et a questionné des champs d'expérience restés relativement peu explorés par les auteurs classiques, tels celui de l'enfance, du lien d'amitié, du sentiment moral.
    Éclairage de la condition humaine depuis ses radicaux élémentaires, l'oeuvre de Charcosset se présente à vrai dire aussi comme un appel - appel à accueillir et protéger le vulnérable qui repose au coeur de l'humain, non moins que dans le déploiement vivant du monde qu'il nous est donné d'habiter.

  • La mise au travail d'une phénoménologie clinique, appliquée aux problématiques psychopathologiques (diagnostiques, sémiologiques, méthodologiques, épistémologiques notamment) indique une volonté dynamique de s'appuyer sur un ancrage théorique fort tout en ouvrant de nouvelles perspectives. La phénoménologie clinique offre une méthode aidant à mieux comprendre l'homme affecté par une psychopathologie et son rapport au monde. Regroupant psychologues, psychiatres, philosophes, criminologues et anthropologues des quatre coins du monde, ces deux livres contribuent au renouveau de l'étude du phénomène psychopathologique éclairé par les sciences humaines. Animés par un souci d'ancrage pragmatique et de dialogue transdisciplinaire, les auteurs élaborent des trames et suggèrent des voies d'échanges entre terrain clinique, préoccupation éthique et réflexion théorique.

    Jérôme Englebert, Grégory Cormann et Christophe Adam (dir.) Avec le contributions de C. Abettan, V. Bizzari, L. Bloc, D. Borceux, Ph. Cabestan, F. Caprio Leite de Castro, L. Chabert, G. Charbonneau, A. da Conceiçao Mestre, G. Dassonneville, M. Dupuis, J. Englebert, M. Frèrejouan, Th. Fuchs et alii.

  • Les études ici réunies abordent certaines questions centrales de la phénoménologie historique : le statut de l'a priori matériel et la critique de l'« anthropologisme » chez Husserl, la conception du monde de la vie dans la Krisis, la théorie de la signification d'inspiration pragmatique élaborée par Karl Bühler et sa proximité avec les remarques consacrées au « discours » par Heidegger à l'époque de Sein und Zeit, l'être-avec heideggérien et la question du solipsisme, la vie et le vivant du point de vue de l'ontologie fondamentale dans ses rapports avec la biologie d'Uexküll, enfin les raisons de l'inachèvement de l'oeuvre maîtresse de Heidegger. Le souci principal qui les anime est celui de mettre au jour des jonctions ignorées ou mal connues entre les auteurs du corpus phénoménologique et, parfois, entre ces auteurs et leurs précurseurs (Hume) ou des penseurs issus d'autres traditions (Wittgenstein, Sellars). A travers ces dialogues, il s'agit de contribuer à une histoire de la phénoménologie conçue avant tout comme histoire des problèmes, et non comme recueil de solutions.

  • Art et folie ont été liés sous d'innombrables aspects, soulignant la possible fécondité de leurs rapports. Mais la clinique psychiatrique peine souvent à trouver le lien entre trouble mental et création, assignant spontanément à la pathologie une dimension négative, rivée à une perte ou une impossibilité. Sur l'idée que l'homme de l'art saura mieux dire son trouble, psychiatres cliniciens et philosophes phénoménologues ont souhaité partager un travail de compréhension des rapports possibles entre l'expérience de la création et la souffrance psychiatrique. Approchant d'illustres cas du domaine des arts, Francesco Goya, Aby Warburg, Syd Barrett, Claude Monet, Frédéric Nietzsche, Nicolas de Staël, ils proposent d'éclairer l'enjeu de la créativité sollicitée par l'urgence de la situation des patients, interrogeant les ressources singulières de création de chacun, et impliquant qu'une fois réassurée l'expérience de l'ordinaire, la prise en charge gagne à se préoccuper de ces ressources et talents cachés ou barrés par la pathologie.

  • Le malentendu n'est pas la mécompréhension, car son horizon est celui de la morale et non celui de l'herméneutique. Et pourtant, le fait que nous nous comprenions mal, lorsque nous nous parlons ou nous nous lisons, ne cesse de générer entre nous des malentendus. C'est donc que les frontières, de l'un à l'autre, sont fort poreuses. Or s'il est éventuellement possible de penser une fécondité paradoxale de la mécompréhension, est-il concevable, sans tenir un discours cynique et pervers, de parler d'une ironique fécondité du malentendu? Jusqu'où oser tenir un tel propos et quelle peut en être la pertinence? C'est à explorer les enjeux d'un tel questionnement, avec et au-delà de l'éthique, que s'attache cet ouvrage.

  • Avec quoi se fait une vie d'homme et comment se défait-elle? Tels de nouveaux Cavaliers de l'Apocalypse surgis du fond des âges pour assaillir notre hypermodernité performante, la précarité, le chômage, l'exclusion, l'exil envahissent notre société, notre quotidien, nos rues. De plus en plus d'hommes sont désignés par ce qui leur manque, les sans abri, sans travail, sans droit, sans papier, sans terre, etc., et assignés à une identité réduite à la perte, à la privation, au dénuement, au rien. Le lien social qui fonde, maintient et garantit notre humanité, perd pour eux sa naturalité première pour devenir précaire, c'est-à-dire objet de prière, incertain, révocable et révoqué. À notre commune vulnérabilité ontologique à laquelle le social ne répond plus s'ajoute pour eux la précarité économique socialement construite, qui produit la perte d'autonomie, une pathologie de la confiance en l'Autre, la désubjectivation du syndrome d'auto-exclusion qui confine à la disparition de soi et finalement la mutilation de leur humanité. Le précaire, le chômeur, le SDF, l'exilé devient les invisibles sociaux, les surnuméraires, hommes des marges, hors jeux, sans voix et sans parole dans le concert démocratique, contingents, inutiles, illégitimes, sans prise sur leur vie, privés d'avenir, d'intimité, d'histoire, de quotidien. Réduits à seule la nécessité, sans pouvoir déployer leur existence ni réaliser une oeuvre, ils survivent - mais ne devrait-on pas dire sousvivent? - à la violence sans nom de la guerre économique dans les interstices de la société, déchus devenus déchets, jusqu'à perdre parfois leur nom, leur verticalité anthropologique et leur ultime dignité.
    Les psychologues, psychiatres, psychanalystes et philosophes ici rassemblés interrogent la souffrance existentielle spécifique du précaire, véritable visage social de la folie qui s'échoue en souffrance dépassée - comme on dit un coma dépassé - qui parfois ne peut plus se penser ni se dire. Son sens anthropologique se précise comme l'altération du vivre ensemble fondateur, la destruction de la communauté et le déchirement de l'entremêlement ontologique du sujet et du monde social. Chacun d'eux témoigne à sa façon de rencontres qui les ont transformés parce qu'ils se sont ouverts un temps à l'ultime dénuement de ces êtres sans, au coeur de la commune précarité des hommes, sans y sombrer pourtant. Ils peuvent alors attester de situations qu'on ne peut plus se contenter de contempler depuis sa tour d'ivoire scientifique car il en va précisément de notre humanité à tous.

    Avec les contributions de J. Chamond, J.-M. Chavarot, L. Gateau-Brochard, E. Grandjean, F. Joer, F. Le Bouter-Chaillou, F. Madioni et C. Romett.

  • La mise au travail d'une phénoménologie clinique, appliquée aux problématiques psychopathologiques (diagnostiques, sémiologiques, méthodologiques, épistémologiques notamment) indique une volonté dynamique de s'appuyer sur un ancrage théorique fort tout en ouvrant de nouvelles perspectives. La phénoménologie clinique offre une méthode aidant à mieux comprendre l'homme affecté par une psychopathologie et son rapport au monde. Regroupant psychologues, psychiatres, philosophes, criminologues et anthropologues des quatre coins du monde, ces deux livres contribuent au renouveau de l'étude du phénomène psychopathologique éclairé par les sciences humaines. Animés par un souci d'ancrage pragmatique et de dialogue transdisciplinaire, les auteurs élaborent des trames et suggèrent des voies d'échanges entre terrain clinique, préoccupation éthique et réflexion théorique.

    Jérôme Englebert, Grégory Cormann et Christophe Adam (dir.) Avec le contributions de C. Abettan, V. Bizzari, L. Bloc, D. Borceux, Ph. Cabestan, F. Caprio Leite de Castro, L. Chabert, G. Charbonneau, A. da Conceiçao Mestre, G. Dassonneville, M. Dupuis, J. Englebert, M. Frèrejouan, Th. Fuchs et alii.

  • Le phénomène de la réponse est à la fois le fait de donner une réplique dans un dialogue, le fait d'être à la hauteur d'une exigence, le fait de remplir un engagement. Dans tous les cas, la réponse dit d'abord le mouvement de retour, de relance : le ré- de la réponse suppose toujours l'antériorité irrattrapable d'un appel auquel elle doit son mouvement. Mais dans ce mouvement en retour, la réponse est aussi un engagement, une garantie qui, face à l'autre, vient de soi. La réponse apparaît alors comme l'unité problématique d'un mouvement qui vient de l'autre et d'un mouvement qui vient de soi, c'est-à-dire de deux mouvements qui, en chiasme, s'empiètent réciproquement. Si le phénomène de la réponse est source de questionnement, c'est précisément à cause du caractère dialectique de son unité - celle de deux instances qui demeurent étrangères l'une à l'autre - et à cause du caractère chiasmatique de sa structure - qui doit rapporter l'un à l'autre deux mouvements irréconciliables. C'est dans le croisement des perspectives que la réponse pourra être étudiée dans la richesse du problème qu'elle pose : l'unité du soi et de l'étranger.

    Avec les contributions de L. Bloc, G. Boris, S. Calenge, J.-Cl. Gens, St. Kristensen, P. Leconte, D. Legrand, B. Lehfeld, J. Michel, V. Monteiro, V. Moreira, J. Quintin, G. Risbec, C. Taglialatela, M.-A. Vallée et B. Waldenfels.

  • La formule : « sagesse de l'incertitude », empruntée au romancier tchèque Milan Kundera, nous rappelle que la phénoménologie herméneutique tourne le dos au grand rêve husserlien d'ériger la philosophie en science apodictiquement rigoureuse. Bien loin de cautionner un usage sauvage du vocable « herméneutique », elle nous invite à confronter la « sagesse » des Tragiques, des romanciers et des poètes à la sagesse à laquelle aspirent les philosophes. Le présent ouvrage qui rassemble des études rédigées à l'occasion du Centenaire de la naissance de Paul Ricoeur explore l'interface entre ces différents chemins vers la sagesse, en entrecroisant les deux pôles irrécusables de l'expérience humaine que sont l'étrangeté et la familiarité qu'illustraient déjà les figures mythiques d'Hermès et de Hestia.

  • Le philosophe canadien Charles Taylor est un des penseurs contemporains qui jouissent d'une reconnaissance mondiale : il a initié et participé à plusieurs débats relatifs au libéralisme, au communautarisme et au multiculturalisme. Son oeuvre est pluridimensionnelle puisque ses travaux portent, entre autres, sur la théorie de la science, la théorie du langage, la théorie de l'action et de la personne, la théorie de la modernité. La pensée de Charles Taylor s'est élaborée non seulement en se nourrissant de la tradition aussi bien phénoménologique qu'analytique, mais, très concrètement, en prise directe avec les problèmes soulevés dans la société canadienne par la très grande diversité des immigrations. Sa pensée mérite d'autant plus d'être méditée que les tentations de repli communautaire, si ce n'est de purification ethnique, semblent aujourd'hui croissantes. Les contributions - pour moitié en anglais - de ce colloque organisé en l'honneur et en présence de Charles Taylor invitent au contraire à interroger et à poursuivre son analyse des conditions qui permettraient l'avènement d'un monde véritablement pluriel.

  • Quelle est la nature et la fonction des sentiments dans l'activité de connaissance et, plus largement, dans l'existence humaine ? Cette question, massive, n'a cessé d'inquiéter la philosophie, dont l'histoire paraît à bien des égards se confondre avec celle d'une opposition entre la lucidité de la raison et l'obscurité dangereuse des passions. Si le discours philosophique n'a jamais nié l'importance des sentiments, ni leur rôle dans l'ordonnancement général de la vie humaine, ce discours est cependant empreint d'ambiguïtés, comme l'est, déjà, le statut du « coeur » (Thumos) dans la tripartition fonctionnelle de l'âme présentée par Platon. Cette ambiguïté se retrouve à l'âge classique, lorsque le discours philosophique découvre le fonctionnement des passions et cherche les modèles scientifiques susceptibles d'en rendre compte, hésitant entre la physiologie (Descartes), la géométrie (Spinoza), la médecine et les sciences de la nature (Hume). En faisant de l'affectivité l'une des structures fondamentales de l'existence, la phénoménologie a replacé au centre du questionnement philosophique la problématique des sentiments.

  • Réfléchir à la réflexion, penser la pensée et philosopher sur la philosophie, voilà ce que l'on propose de faire ici. Cette démarche est moins formelle qu'il n'y paraît, car interroger la nature et les exigences de la pensée philosophique engage toute une philosophie. Une philosophie qui n'est pas dupe d'elle-même et qui commence par examiner sa propre finitude. « La dernière démarche de la raison, c'est de connaître qu'il y a une infinité de choses qui la surpassent. Elle est bien faible si elle ne va jusque là », disait Pascal. Nous montrons dans un esprit proche que la réflexion est d'autant plus puissante qu'elle reconnaît son impuissance, comme la philosophie authentique doit se savoir doublement bornée, par la pensée scientifique d'une part, et par la pensée mystique d'autre part. Il ne s'agit pas de rabaisser la philosophie, mais au contraire de lui permettre de comprendre ce qui la comprend et de trouver sa juste place dans le champ intellectuel.
    La première partie peut être lue comme une introduction générale au problème de la puissance et de l'impuissance de la réflexion, dans une triple perspective ontologique, gnoséologique et axiologique. La deuxième partie pousse plus loin la problématique, en particulier la question des horizons scientifique et mystique de la réflexion philosophique. La troisième partie définit la spécificité du problème philosophique, la nature et les exigences de la pensée philosophique. La quatrième partie, enfin, traite des bornes de la réflexivité philosophique et de l'intérêt pour la philosophie de se prêter à l'objectivation scientifique, à l'occasion d'une interrogation historiographique. Nous plaidons pour que l'écriture de l'histoire de la philosophie se soumette à des critères de scientificité plus stricts.

  • En proposant de penser la rencontre de l'imprévisible, Flora Bastiani et Svetlana Sholokhova ont rassemblé dans le présent ouvrage des articles aux analyses variées. Avec la question de l'altérité et de son événement dans la vie subjective comme toile de fond, chaque contributeur ouvre une voie d'approche pour redéfinir et surtout réinterpréter la frontière entre l'intériorité et l'extériorité, soit la limite qui permet à l'humain de trouver sa place dans le monde. Les concepts fondamentaux de Henry, Levinas et Maldiney qui émergent de façon récurrente dans ce parcours, apparaissent comme autant de repères qu'il est toujours nécessaire d'interroger, de sonder et d'éprouver. Ainsi les thèmes classiques empruntés à la philosophie française du vingtième siècle sont ici saisis et mis en question dans la poursuite de la méthode phénoménologique, et dans l'ouverture de nouvelles questions.
    Avec les contributions de F. Bastiani, J. Bierhanzl, J.-Ch. Goddard, L. Held, Y. Murakami, M. Murawska, M. Nagasaka, L. Nakhutsrishvili, D. Popa, J.-F. Rey, J.-M. Salanskis, S. Sholokhova, Y.-H. Tai et A. Yampolskaya.

  • La tentative d'une phénoménologie des affects doit, pour se déployer, s'affranchir doublement des doctrines phénoménologiques fondatrices de Husserl et Heidegger.
    Une première fois en transgressant l'a priori universel de corrélation, qui légitime le statut de l'objet phénoménologique chez l'un, et l'a priori structurel-existential qui radicalise le projet ontologique du Dosein chez l'autre. Une seconde en instaurant une autre approche du sentir et du corps de chair, " grands absents " d'Erre et Temps, où l'affect est bien désigné selon sa " cooriginarité " au comprendre mais sans que leur entrelacs advienne à la parole philosophique.
    L'éclairement de l'existence et de ce à quoi elle s'origine a toujours exigé du philosophe, selon le mot de Hegel, des " concepts inconcevables ", et si l'affect se donne dans son événement comme rebelle au concept, vivant de le déborder, se donne comme l'irréductible surgissement d'un surcroît, où vacille le sens d'être, sinon se volatilise son là, c'est qu'il a partie liée avec l'aventure d'exister, et l'imprévisible des courants qui la traversent, ou des écueils qui la brisent.
    Ce troisième tome de la Phénoménologie des sentiments corporels, consacré à la joie, la jouissance et l'ivresse, est lisible indépendamment des précédents. II explore le sens de ces affects selon diverses voies, de la jouissance orgasmique à la joie de la compréhension, dans différentes traditions, de la Torah au bouddhisme tibétain, et chez de nombreux penseurs, d'Epicure et Platon à la philosophie française contemporaine.

  • Issue de l'anthropologie, de la psychopathologie fondamentale et de la psychiatrie, l'oeuvre de L Binswanger (1881-1966) entre en philosophie.
    Un double mouvement s'est opéré : la philosophie s'est lentement " anthropologisée " et l'oeuvre de L Binswanger s'est progressivement révélée d'une profondeur et d'une fécondité considérable, malgré son caractère non systématique. Ce volume veut éclairer les grands thèmes de sa pensée et les inscrire dans leurs horizons philosophiques. L'analyse de l'histoire intérieure de la vie vient questionner les relations fondamentales de l'existant et du vivant.
    La compréhension des formes manquées de la présence humaine, notamment de la distorsion et de la présomption, l'analyse des directions de sens et celle des transformations de la présence dans la mélancolie et la manie, celle de l'échec de l'apprésentation d'autrui, la définition de la nostrité, la critique binswangérienne de l'homo natura de S Freud, l'apport spécifique de sa pensée à une daseinsanalyse de lecture anthropologique, etc., sont maintenant des thèmes centraux pour la philosophie et les sciences humaines.
    Ces questions nourrissent une authentique anthropologie clinique, ce qu'éclairent les différentes études de ce volume, enrichies des travaux de l'Ecole de Phénoménologie Clinique de Montpellier et de l'Ecole Française de Daseinsanalyse.

  • Le délire est un phénomène et requiert, plus que toute autre production de la conscience, une phénoménologie.
    Le délire a des expressions hétérogènes qui vont des productions partielles sans adhésion ni élaboration ni implication pratique, à des intuitions éphémères récurrentes, aussitôt critiquées, jusqu'à des constructions stables, monumentales, immuables dans le temps et quasiment inamovibles. Plutôt que de l'entrevoir comme l'effet d'un trouble du jugement, la perspective phénoménologique s'attache à montrer à la fois les transformations préalables de la présence humaine qui lui donnent naissance et à suivre l'esquisse des nouvelles « conceptions du monde » qui s'y ébauchent et tentent de s'authentifier à travers son élaboration. Ce recours au délire (le Délirer) a toujours un sens, si infime ou fragmentaire puisse-t-il être, et ce présent travail s'efforce de le définir.

  • Que dire des épreuves de la vie? Nous ne savons quelles elles sont qu'à les traverser et ignorons ce qu'elles sont en les endurant. Quand surviennent-elles? Comment? Et pourquoi? Dans l'obscure nuit qu'elles répandent sur nos vies, tout n'est cependant pas que ténèbres. Car les épreuves révèlent, elles phénoménalisent. Sous leur sombre lumière, tout se montre sous son vrai jour. Condamnés par le pire à donner le meilleur, nous qui les essuyons faisons alors nos preuves. Dans l'épreuve, l'ego apparaît donc comme jamais il ne le fait, non pas comme il le doit, mais toujours comme il est. Or qui mieux que la phénoménologie peut, en philosophie, mettre à l'épreuve les épreuves de la vie?

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