Parentheses

  • Après l'écroulement brutal de trois immeubles dans le centre de Marseille le 5 novembre 2018 - huit morts, des milliers de délogés -, les habitants se sont mobilisés, investissant l'espace public pour crier aux oreilles du pouvoir leur tristesse, leur indignation et leur colère.
    Graffitis, pochoirs, pancartes, banderoles, bouquets, bougies, slogans, photographies, vidéos, dessins, tribunes, chroniques, discours, tweets... les textes et images rassemblés dans cet ouvrage constituent un véritable récit documentaire, mémoire émotionnelle de cet événement qui a fait date. Mais ce drame n'est pas seulement le symptôme d'une ville fissurée et politiquement exsangue. Il parle de tant d'autres effondrements et de tant d'autres appels au respect. Au-delà du simple constat local, s'engage ici une réflexion sur les processus non avoués de gentrification des centres urbains et sur la participation des habitants à la gestion de leur ville.

  • Les îles évoquent en chacun de nous émotions et savoirs parfois imprévisibles :
    Souvenirs, désirs, vacances, couleurs et odeurs, jeux et lectures, inquiétudes... Elles constituent un catalogue de nos vies réelles et rêvées.
    En les arrachant à la seule géographie physique, en renversant l'approche traditionnelle qui les appréhende comme une figure de l'Autre et de l'Ailleurs, un lieu périphérique, éloigné voire marginal, le livre et l'exposition qui en est le prétexte interrogent espaces, savoirs et sociétés à partir de la condition îlienne et de ses expériences.
    Un croisement de domaines - histoire, philosophie, art, photographie, cinéma... - d'où la poésie et la politique ne sont pas absentes.

  • Récit et dessins d'un géographe qui, au cours de presque 50 ans passés au coeur du bassin du lac T chad, a vu son terrain et sa pratique se métamorphoser. Ces pages illustrent une extrême variété de thèmes et les différentes manières de faire et d'écrire la recherche. Après des contraintes académiques, donnant lieu aux figures imposées de la géographie tropicale, les années 1990 verront émerger les expertises au service du développement avant qu'une dramatique priorité ne s'impose : l'arrivée des insécurités qui aboutira aux sanglantes insurrections islamistes, celles de Boko Haram.
    Replaçant l'homme au centre de son histoire et de son environnement, cette synthèse est aussi, à travers les voix et les visages des informateurs et des interprètes, la chronique d'une Afrique qui se raconte.

  • La maison n'est pas qu'un objet.
    Les murs et le toit assurent certes la fonction originelle d'abri, mais la demeure de l'homme reste un enseignement dans la mesure où chaque société y inscrit ses images, principes, valeurs et, par l'acte d'habiter, les impose à ses membres. La maison assume ainsi une double fonction d'objet et de sujet : l'espace construit avec ses matières, couleurs, formes, lieux institués s'expose au regard et à l'usage tandis qu'après s'être fixée dans une tradition la demeure guide l'occupant selon des cheminements devenus immémoriaux au fil des pratiques répétées.
    Ce livre, à la croisée de la sémiotique, de la sociologie, de l'anthropologie et de l'architecture, explore les différentes formes du discours attaché aux charges symboliques de la " demeure ", à toutes ces voix qui sont notre " mémoire " et redisent notre culture et notre société.

  • L'apatrie

    Jean Kehayan

    Le 4 décembre 1930 en la mairie d'Aubenas (Ardèche) Guldéné et Sétrak devenaient mari et femme.
    Ils engendrèrent trois enfants : Gayané, Séta et Varoujan. Quinze ans plus tôt, Sétrak avait assisté à la tuerie de sa parentèle dans la ferme de Kharpout en Anatolie. L'enfant Guldéné était une miraculée de la marche de la mort dans le désert de Deir-ez-Zor en Syrie. La France devint leur apatrie d'une étrangeté dont il reste en héritage un amour infini de la liberté et une incessante révolte contre l'injustice.

  • L'histoire commence en septembre 1943, à Chieti, non loin de la côte Adriatique, exactement à l'est de Rome, dans un camp où étaient détenus de jeunes officiers britanniques. Jack Goody est d'abord retenu dans ce camp puis, après une évasion de quelques mois, il est repris et transféré dans un camp en Allemagne où il rédige ce récit. L'empreinte de Jack Goody est marquante dans plusieurs champs des sciences humaines. Pendant plus d'un demi-siècle, son oeuvre a permis de renouveler les connaissances, de bouleverser certaines idées reçues et d'ouvrir des pistes de réflexion nouvelles, comme en témoignent ses travaux novateurs sur la parenté, l'écriture, la cuisine, la culture des fleurs, la représentation... Si la formation littéraire de Goody se manifeste ici par la maîtrise de moyens expressifs d'une grande efficacité et par le choix d'une écriture à la troisième personne, ce récit, qui reste inédit en anglais, constitue en quelque sorte l'amorce de sa carrière d'anthropologue. On y décèle une tendance à questionner la réalité qui l'entoure, à la filtrer pour dégager les mécanismes sociaux à l'oeuvre. La description de la vie du camp, de cet assemblage hétéroclite de prisonniers d'horizons divers, relève déjà d'un registre sociologique. Cette même attention aux détails de la vie quotidienne l'amène à s'intéresser aux paysans des Abruzzes et au milieu cosmopolite de la haute société romaine. On voit déjà à l'oeuvre cette capacité de construire la connaissance à partir du vécu, par le biais d'une imbrication étroite entre subjectivité et objectivité, qui caractérise la démarche ethnologique. Dans un certain sens on pourrait qualifier cette période italienne d'expérience proto-ethnographique, effectuée avant même d'être formé à l'anthropologie: terrain avant la lettre.

  • L'inconfort est communément défini comme absence de confort.
    Mais cette opposition dépasse de loin la grammaire, et d'abord quant à l'origine des concepts lequel des deux a précédé l'autre dans notre esprit et convient-il de considérer en premier ? Qu'il naisse ou non du sentiment de son absence, le confort est ainsi un phénomène historique, et n'existe qu'en tant que rapport à un état meilleur ou pire mais de même nature. Il ne saurait se concevoir dans l'absolu, étant seulement la conscience d'un bien-être qui n'a cessé lui-même de varier avec les époques et les civilisations.
    Plus fortement peut-être que son contraire, car le manque ou la misère se trouvent moins dissemblables, et l'inconfort plus uniformément partagé que les modes de consommation permettant de les combattre. Mais aucun des deux n'est universel, même si certaines propriétés en sont de tous les temps et communes à tous les peuples. Ainsi cet inconfort, nous l'appréhendons de diverses manières, que cet essai voudrait évoquer.
    Si l'instinct nous pousse à éviter l'inconfort et l'habitude à le dénier, l'existence oblige inversement à le reconnaître. Dès lors ne peut-on l'utiliser sciemment, le détourner et l'exercer au profit d'un avantage qui peut être aussi un plaisir au second degré ? Voire le désirer si l'on sait y trouver une voie vers le bien-être et, faisant un pas de plus, en élaborer un nouvel hédonisme ? Et, par une gestion simultanée du raisonnement et de l'imaginaire, intégrer ces désarrois à notre félicité journalière : évitant certains, transmuant d'autres en agréments, tolérant ceux dont la cause paraît justifiée ? Mais, d'abord, découvrant leur nature et, pour commencer, en les nommant.

  • Longtemps les relations entre les deux rives de la Méditerranée ont été caractérisées par la conquête, par des rêves d'empire qui ont produit des systèmes de domination.
    Colonialisme et anticolonialisme se sont ainsi affrontés dans des combats idéologiques radicaux et parfois très simplificateurs. Loin de ces combats d'un autre temps, des illusions trompeuses de la mémoire et de querelles trop souvent aveugles, le moment est venu d'ouvrir bien grands les yeux. Que peut-il exister après le colonialisme ? D'autres configurations de relations internationales, qui ne seraient pas simplement fondées sur des rapports de puissance, sont-elles envisageables ? Seize historiens, philosophes, anthropologues, journalistes, spécialistes de questions internationales, politiques, stratégiques ou culturelles, tentent ici de répondre aux nombreuses questions qui surgissent dans ce débat contemporain.
    Leurs contributions se confrontent, se complètent, s'opposent parfois. Mais toujours pour éclaircir et enrichir. Ce cycle annuel de réflexions et d'échanges est conçu par Thierry Fabre, organisé et produit par espace culture à Marseille. Il est placé sous le signe du philosophe et théologien arabo-andalou du XIIe siècle, Averroès (Ibn Rushd), symbole " de la profondeur des liens et de la fertilité des confluences entre les deux rives de la Méditerranée ".

    1 autre édition :

  • Le cycle des Rencontres est placé sous le signe du philosophe et théologien araboandalou du XIIe siècle, Averroès. Ouvrage-anniversaire, le présent opus est le refl et d'une 20e édition ambitieuse des Rencontres d'Averroès où chercheurs, penseurs et artistes de tous horizons ont été conviés à penser la Méditerranée depuis son héritage andalou jusqu'à son devenir, enraciné dans un présent troublé. L'ouvrage réunit une vingtaine de contributions autour de cinq thématiques :
    « Athènes, Cordoue, Jérusalem, Héritage partagé ou dénié »; « La Méditerranée, continent liquide ou ensemble fracturé? » ; « Féminin-masculin, liberté et/ou domination ? » ; « Entre Europe et Méditerranée, Paix impossible ou/et guerre improbable ? » ; « La Méditerranée créatrice. L'art dans la cité ? ».

  • Mémorial du 24 avril

    Teotig

    Quatre ans après la nuit tragique de la rafle du 24 avril 1915 à Istanbul, marquant le début du génocide des Arméniens par la Turquie ottomane, Téotig, écrivain et éditeur réputé pour la qualité de ses biographies lui-même rescapé d'années de déportation, publie ce «Mémorial du 24 avril». Ce recueil biographique reprend la liste noire de tous les intellectuels de la capitale déportés et éliminés et ceux des provinces, classés par région et ville. Une seconde partie, comprend deux témoignages de rescapés, concernant les deux centres principaux où l'élite a été déportée puis exécutée.
    Un siècle plus tard, cet irremplaçable Mémorial garde sa valeur de symbole. Il s'agit ici du document de référence sur la rafle et l'exécution de 761 personnalités, prémisse de l'élimination de tout un peuple.

  • Septembre 1915, Istanbul.
    Un soir, on frappe à la porte : " Yervant Odian est-il là ? ". Dès lors, l'implacable organisation génocidaire turque va l'entraîner sur les routes et dans les sinistres camps du désert syrien. Au sein des colonnes de déportés, il rejoint le destin de ses compatriotes arméniens, bien que se considérant presque comme un " privilégié ", en raison de son statut d'écrivain reconnu. Immergé dans un quotidien de tortures, glacé d'horreur devant les situations d'humiliation, les impitoyables persécutions que subissent les déportés et, pour finir, les exécutions et l'extermination, un rare instinct de survie préserve Yervant Odian.
    L'écrivain satirique et journaliste, survivant à ces " années maudites ", ce cauchemar, revient à Istanbul en 1918 au terme d'un long voyage en enfer et retrouve sa table de rédacteur. Aussitôt, il s'attache à consigner ses souvenirs témoignant ainsi au nom de tous ces anonymes disparus, et il sera l'un des rares écrivains arméniens à s'y consacrer au lendemain du génocide. De ce travail de mémoire résulte un récit à la fois distancié, précis et dépouillé, pour surtout " être fidèle à la réalité, n'altérer en rien les faits, n'en exagérer aucun ".
    Une forme de " poétique de la simplicité ".

  • Le capitaine de l'armée ottomane Azil Kemal est marié à Enza, une Arménienne. En 1915, il reçoit l'ordre de procéder à l'extermination des Arméniens de la région d'Erzeroum. Il va rédiger alors un journal qui relate ces semaines de tourments entre trahison des siens et mission militaire. Le récit s'articule autour de la traduction de ce carnet fictif retrouvé dans les archives familiales du narrateur qui replace le récit dans un contexte historique plus large où là, tous les événements et les personnages sont bien réels. De nombreux témoignages on été consacrés au génocide arménien. Mais ce texte met au centre un personnage turc, avec ses conflits entre destin personnel et devoir d'obéissance. Ou comment la littérature peut aussi éclairer l'Histoire.

  • Comment devient-on un anthropologue moderne au temps de la dictature fasciste, puis du combat démocratique pour la reconstruction italienne ? La trajectoire d'Ernesto De Martino (1908-1965) - le Lévi-Strauss italien - est ici reconstituée en interrogeant les silences ou les raccourcis de l'historiographie italienne. Aux méthodes de l'enquête ethnographique, aux entretiens avec de nombreux témoins, s'ajoutent les questions d'une anthropologie de l'écriture pour orienter la rencontre avec plusieurs fonds d'archives ethnographiques et historiques, la relecture d'une grande variété d'écrits de l'auteur et d'intellectuels qui ont croisé ses intérêts et ses engagements.
    C'est ici toute l'histoire culturelle des années trente aux années cinquante qui se trouve revisitée pour caractériser ce moment néo-réaliste de l'anthropologie italienne.

  • La violence semble surgir de toutes parts, violence dans les représentations mais aussi dans les faits. La violence est partout et elle donne parfois l'impression qu'une forme de haine irrépressible s'installe, notamment dans le monde méditerranéen. Un grand besoin de discernement s'affirme donc et c'est ce à quoi les 9e Rencontres d'Averroès (novembre 2002) ont tenté de répondre : comprendre la violence et surmonter la haine en Méditerranée. Cet ouvrage rassemble les contributions des participants aux 9e Rencontres d'Averroès, organisées autour de trois thèmes : « La violence et le sacré », « Imaginaires de la violence et figures de la haine », « Politiques de la violence et figures de la haine ».

  • Personnage central pour les trois cultures musulmane, juive et chrétienne ,Averroès, ce philosophe né à Cordoue en 1126 et mort à Marrakech en 1198, est une figure arabe de la rationalité européenne. Il incarne la profondeur du lien, la fertilité des confluences, et exprime la possibilité maintenue d'une ouverture alors que des mouvements de rejet, de replis identitaires, ne cessent de se renfor-cer d'une rive à l'autre. Averroès est au coeur de l'héritage andalou.
    Ce livre est placé sous son signe. Distribué en trois parties "Autour d'Averroès", "Les sources arabes de la culture européenne" et "Y a-t-il un modèle andalou ?", ce livre donne à connaître et à comprendre la civilisation d'al-Andalus, reconnaître son apport, confronter enfin ce modèle historique à un débat central pour notre temps : comment vivre ensemble dans la diversité ? C'est en écho à l'oeuvre de ce personnage emblématique que sont organisées depuis dix ans les "Rencontres d'Averroès".

  • Durant la Première Guerre mondiale, la Turquie est alliée à l'Allemagne. Le 24 avril 1915 débute la Grande Rafle des intellectuels d'Istanbul, marquant le début du génocide des Arméniens.
    Chavarche Missakian est alors un jeune journaliste engagé. Il échappe par miracle à la rafle mais sur dénonciation il est finalement arrêté; interrogé sans relâche par la Police politique turque, il ne parlera pas et ne sera libéré qu'à l'armistice.
    Après un long silence, il prendra la plume en 1935 pour tenter de dire l'«innommable» et répondre aux mémoires de Ali Riza, le policier turc.
    Dans un style vif et concis, l'écrivain, journaliste et homme de presse, grand lecteur et déjà francophone à l'époque, documente dans ce texte chargé d'histoire les premiers temps de l'entreprise génocidaire.

  • Alors que les années 90 étaient prêtes à signer une «fin de l'histoire» consacrant le modèle de la démocratie libérale mondialisée, le constat est aujourd'hui celui de l'instabilité politique. «La cité en danger?» Pour cette 19e édition, les Rencontres d'Averroès posent la question de la fragilité de la démocratie contemporaine face aux menaces multiformes de la tyrannie: fanatisme religieux, ultranationalisme, crise financière et écologique. Outre une mise en perspective autorisant une relecture de l'histoire européenne, cet ouvrage se propose d'interroger le rôle ambivalent des réseaux sociaux dans le processus démocratique et de questionner l'avenir de la cité, dont le chemin «entre tyrannie des marchés et défiance des élections» est loin d'être tout tracé.

  • À partir des années 1980, Paris abrite un nombre croissant d'intellectuels arabes du Moyen-Orient. Réfugiés, opposants politiques, journalistes, écrivains et artistes exilés développent des activités qui font de Paris une ville relais, une «capitale arabe» de la culture. Pourtant, tout au long de la seconde moitié du XXe siècle, la montée en puissance de la référence anglo-saxonne a mis à mal la centralité parisienne, longtemps hégémonique au plan des arts et des lettres. Alors pourquoi vient-on encore à Paris ? Paris, librairie arabe évoque une présence intellectuelle étrangère qui laisse des traces dans les rues de la ville : l'Institut du monde arabe en est probablement le signe le plus monumental. Il y a également les choses qui accompagnent ces intellectuels, depuis Beyrouth, le Caire, Damas, Bagdad jusqu'à la ville refuge. Le livre, objet emblématique de leur milieu, retient de ce point de vue toute l'attention. Car Paris, librairie arabe pense dans un même mouvement les trajectoires d'intellectuels-migrants entre différentes capitales éditoriales et les itinéraires empruntés par des textes, d'un point à l'autre du champ littéraire international. Cette présence moyen-orientale n'annonce-t-elle pas, en traduction, l'apparition de la littérature contemporaine de langue arabe dans le paysage éditorial français ? Professionnels de l'écrit, possédant une véritable double culture, souvent traducteurs, les intellectuels arabes parisiens jouent en effet un rôle d'introducteur et la traduction apparaît finalement comme une métaphore de leurs déplacements. Ils sont les artisans de la reconnaissance, d'abord parisienne puis internationale, de la littérature arabe contemporaine.

  • La période postcoloniale a été marquée par des critiques de l'orientalisme et de l'anthropologie.
    Un genre est né. Il a pour objet la déconstruction de ces savoirs et le dévoilement de leurs présupposés idéologiques. L'observateur, le plus souvent anthropologue occidental, est observé par des auteurs appartenant aux sociétés qui ont été l'objet dominant de l'anthropologie. L'arroseur est arrosé. Dans ce travail, Hassan Rachik, s'inspirant des acquis de la sociologie de la connaissance, applique une approche compréhensive et critique aux études anthropologiques sur le Maroc, notamment celles attribuant un caractère, une âme, un esprit, un éthos, un style aux Marocains dans leur ensemble.
    Toutefois, la présente étude dépasse les limites d'un pays pour s'inscrire dans une histoire globale de l'anthropologie occidentale. Elle est une contribution théorique à la connaissance de l'évolution des regards anthropologiques sur la culture de l'Autre, à une réflexion sur le proche et le lointain.

  • La nature des cultures que Peter Sloterdijk qualifia de « fondamental », est une sorte de nouvelle « généalogie de la morale », au sens de Nietzsche, qui tiendrait compte des acquis les plus récents dans les domaines des sciences cognitives, de la physiologie du stress et de la génétique moléculaire. Située aux antipodes d'une approche humaniste reposant sur la notion invariante de « nature humaine », la culture est ici définie comme « un animal sauvage », dont il s'agit de comprendre la dynamique fondamentale, pour mieux en contrôler le développement et ses dérives violentes. C'est donc moins sur fond d'opposition « nature/culture » que se déploie cet ouvrage, que sur fond d'opposition entre culture d'une part, civilisation d'autre part, l'« influence civilisatrice » apaisante s'opérant à chaque étape du développement de la culture. Et c'est bien parce qu'il en est ainsi que la civilisation doit être toujours « redéfinie », au risque sinon de sombrer dans le folklore, y compris bien sûr le folklore humaniste.
    En complément est publié le texte postérieur, CSM, coopération de stress maximal.

  • La Liberté ne surgit pas hors du temps ou de l'espace. Elle s'inscrit dans une histoire, traverse de multiples généalogies et se déploie en libertés, plus ou moins concrètes et réelles. Pour certains il ne s'agissait que de libertés " formelles", alors que pour d'autres ces libertés ont été une référence centrale à partir desquelles une véritable résistance a pu s'opérer, à travers notamment un mouvement solidaire sur l'ensemble du continent européen, dans les années soixante-dix et quatre-vingt, autour des libertés et des droits de l'Homme, et qui s'est achevée avec la chute du Mur de Berlin en 1989. Or ce qui s'est joué en Europe ne semble pas avoir eu de prolongement en Méditerranée... Pourquoi une telle dissymétrie ? La liberté n'a-t-elle pas vocation à l'universel ? Les libertés sont-elles invariablement menacées par des régimes dictatoriaux et par des mouvements politico-religieux à caractère obscurantiste ? La question de la liberté est aujourd'hui au coeur des relations entre Europe et Méditerranée. Existe-t-il des obstacles, notamment théocratiques, qui paraîtraient insurmontables ? Comment faire face à la nouvelle donne provoquée par les actions terroristes ? La 13e édition des Rencontres d'Averroès a donné l'occasion d'approfondir ce débat. Trois tables rondes ont organisé la controverse pour dépasser les fausses évidences et les lieux communs volontiers propagés dans nos sociétés. On retrouve dans cet ouvrage les réflexions des invités des Rencontres, parfois reprises et prolongées. En trois grandes parties (Les passeurs de liberté, La liberté ou la peur ?, Demain, la liberté ?), ils poursuivent sous une forme écrite le dialogue et l'échange sur cet enjeu crucial de la liberté et des libertés entre Europe et Méditerranée.

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